Jacqueline Costa-Lascoux - 9 décembre 2015

 

Les polémiques autour de la laïcité s’alimentent d’un nombre croissant de revendications religieuses. Les élus, les professionnels, les citoyens,  exposés à ces demandes expriment leur désarroi. Mais, plus graves sont les atteintes au principe d’égalité, notamment entre les femmes et les hommes, l’emprise qui s’exerce sur des jeunes qui se radicalisent et les attentats, comme ceux de janvier 2015, commis au nom de la religion.

 

Les quatre millions de personnes qui ont manifesté le 31 janvier dernier ont dit leur volonté d’affirmer les valeurs de la république et la laïcité, pour construire un vivre ensemble, apaisé et respectueux de l’intérêt général. Le droit français a élaboré une série de solutions pour traiter les demandes religieuses et renforcer les libertés fondamentales de conscience, de culte et d’expression, avec pour seules limites celle de l’ordre public et celle de la conciliation des libertés (ma liberté doit prendre en compte la tienne). Mais le respect des droits d’autrui est entendu par certains comme une atteinte à leur liberté voire même comme une discrimination. C’est du moins ce qu’ils veulent faire croire. La laïcité n’est pas acceptée par ceux qui pensent détenir la Vérité et menacent ou agressent les « impies, les apostats, les mécréants ». Et il y a ceux dont la quête d’identité passe par la réinterprétation de traditions, consignées dans une liste de prescriptions et d’interdits, notamment en matière de sexualité et de mariage.

 

 Certains laïques, cependant, ne savent pas expliquer la laïcité ni montrer ses liens avec les droits de l’Homme, impatients à leur tour d’appliquer leur vision des choses. Il est important qu’une clarification soit faite. La laïcité est un concept limpide et cohérent : autonomie du politique à l’égard du religieux, indépendance de la citoyenneté de la confession, émancipation de la loi civile de la loi religieuse, séparation des Eglises et de l’Etat, qui « ne privilégie ni ne salarie aucun culte », neutralité du service public et de ses agents. La laïcité garantit la plus grande diversité des convictions religieuses ou philosophiques, parce qu’elle n’en impose aucune.

 

Nombre d’exemples concrets montrent le caractère opérationnel de la laïcité pour prévenir et régler des conflits, pour respecter la liberté de conscience de chacun et l’égale dignité des personnes, quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions. Etre libre de croire ou de ne pas croire et de changer de religion, être libre de se marier ou non, d’avoir des enfants ou non, de les élever ou non dans une religion, de prôner l’égalité des droits et la mixité sociale contre le communautarisme, la mixité de genre contre l’enfermement des femmes, être libre de critiquer des opinions et des croyances, d’utiliser l’humour, libre de créer sans censure et de participer au développement des sciences… les exemples sont multiples de droits et de libertés conquis dans une société laïque. Il s’y épanouit des spiritualités, avec ou sans dieu, sans dogmes imposés.

Jacqueline Costa-Lascoux

 

 

Jacqueline COSTA-LASCOUX est Directrice de recherche au CNRS - Centre national de la recherche scientifique –

Elle est également associée aux travaux du Centre de recherches politiques de Science Po Paris et experte auprès de l’UNESCO pour le dialogue euro-arabe.

Elle a participé aux travaux du Haut Conseil à l’Intégration, dirigeant l’Observatoire de l’immigration et de l’intégration, à la Commission Stasi intitulée Laïcité et République – aboutissant à la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école - et, co-auteur de plusieurs rapports pour l’Education nationale, à la Commission Thélot sur L’avenir de l’Ecole.

Enfin, elle siège à l’Observatoire régional de la laïcité.

 

Femme de conviction, elle a eu, et a encore plusieurs engagements associatifs : la fédération nationale des écoles de parents et des éducateurs, France Terre d’Asile et le Cercle Condorcet de Lyon dont elle est une des chevilles ouvrières.