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Catherine Kintzler : « la laïcité a produit plus de libertés...

Nouveau 7Catherine Kintzler : « la laïcité a produit plus de libertés que ne l’a fait aucune religion investie du pouvoir politique »

Qu'est-ce que la laïcité ? Agrégée de philosophie, Catherine Kintzler partage sa définition d'un principe dont les contours ne cessent de susciter le débat.

 

par Laurent Ottavi

 

Catherine Kintzler, professeur honoraire à l’université de Lille III et vice-présidente de la société de philosophie, a enseigné une vingtaine d’années en lycée. Ses domaines de recherche touchent à la philosophie de l’art et à la philosophie politique. Son livre Penser la laïcité paru en 2014 aux éditions Minerve, est considéré comme un ouvrage de référence. Elle y propose une réflexion exigeante et passionnante sur le concept de laïcité, illustrée par de nombreux exemples. Dans la première partie de cet entretien, elle revient sur la définition de ce concept.

Revue des Deux Mondes – La laïcité ne se réduit pas, selon vous, à la loi de 1905, loi de séparation des Églises et de l’État. Dans l’introduction de Penser la laïcité, vous écrivez que « le lieu naturel de la laïcité est la pensée des Lumières relayée par la pensée républicaine ». Peut-on en conclure que sans laïcité il n’y a pas de république française ? Quelle distinction faites-vous entre laïcité et tolérance ?

Catherine Kintzler – La laïcité comme régime politique ne commence pas avec la loi de 1905, ni avec l’apparition du terme « laïcité » dans le vocabulaire politique. Il y a eu nombre de lois laïques bien avant : l’institution du mariage civil en 1792, les lois scolaires de la IIIe République, la loi de 1881 « sur la liberté des funérailles ». L’histoire de la législation laïque ne s’arrête pas davantage en 1905 : nous vivons une période où elle s’affine et s’étend.

« L’idée fondamentale de Locke est qu’on ne peut pas admettre les incroyants dans l’association politique pour incapacité à former lien. »

Mais je prendrai la question sur le terrain de la constitution des concepts, car je ne suis ni historienne ni juriste. Dans mon travail, je me suis intéressée au noyau philosophique qui, à mes yeux, soutient la laïcité et permet aussi d’en expliquer les différents aspects. Pour cela je suis remontée à la fin du XVIIe siècle. Locke, le plus grand penseur du régime de tolérance (toleration), exclut les athées de l’association politique. Lorsqu’on prend au sérieux l’argument qu’il avance pour justifier cette exclusion, on voit apparaître une question de fond qui trace le champ de vision sur lequel va s’installer le concept de laïcité :

« Enfin, ceux qui nient l’existence d’un Dieu ne peuvent en aucune façon être tolérés. En effet, de la part d’un athée, ni la promesse, ni le contrat, ni le serment – qui forment les liens de la société humaine – ne peuvent être quelque chose de stable et de sacré ; à tel point que, l’idée même de Dieu supprimée, tous ces liens sont ruinés. » [1]

L’idée fondamentale est qu’on ne peut pas admettre les incroyants dans l’association politique pour incapacité à former lien. Ils sont par définition déliés. On peut rétablir ici un syllogisme caché : toute association politique suppose un principe de liaison, et comme le modèle de tout lien est le lien religieux, on en conclut qu’il faut exclure les athées comme non-fiables.

Voilà qui permet de poser la question décisive : pour faire la loi, faut-il se régler sur le modèle de la foi ? Le lien politique s’inspire-t-il d’une adhésion préalable dont le modèle est la croyance ? Locke répondait oui, mais ce grand esprit a vu le cœur de la question. Il a de ce fait tracé le champ conceptuel sur lequel va s’installer la laïcité : il a posé une question structurante.

« La loi ne recourt pas au modèle de la foi, elle ne s’inspire d’aucun lien préexistant et ne suppose aucune forme de croyance ou d’appartenance préalable. »

Il faut retourner la réponse pour obtenir la laïcité, mais la question de Locke est fondatrice : il n’est pas nécessaire de croire à quoi que ce soit pour construire l’association politique. La loi ne recourt pas au modèle de la foi, elle ne s’inspire d’aucun lien préexistant et ne suppose aucune forme de croyance ou d’appartenance préalable : on pense un espace zéro comme condition de possibilité de l’association politique.

C’est un courant de la Révolution française – incarné par Condorcet – qui a opéré ce retournement, alors même que le mot laïcité n’existait pas encore. Cette conception nous mène vers la pensée d’un régime politique où la déliaison non seulement est possible, mais est principielle, qui ne se contente pas de faire coexister des communautés, mais qui se fonde d’abord sur des individus. Il fallait oser cela ! Un Contrat social formé d’atomes premiers, où le Promeneur solitaire est toujours à l’horizon.

La séparation des Églises et de l’État est bien sûr constitutive de la laïcité, mais elle ne la spécifie pas complètement. Beaucoup de régimes de tolérance à l’anglo-saxonne ne la pratiquent pas. D’autres l’observent sans pour autant être laïques, comme les États-Unis d’Amérique. Car même dans le cadre d’une séparation Églises-État, le lien à modèle religieux que j’évoquais y est toujours présent : un discours religieux peut être tenu par les représentants de la puissance publique, l’invocation publique à Dieu, les serments prêtés sur un « livre sacré », les séances de prières publiques sont non seulement licites mais requises.

« Le statut juridique, politique et moral des non-croyants, de tous ceux qui ne se rattachent à aucune attitude religieuse est un critère pour apprécier la laïcité. »

Le moment religieux est politiquement cautionné et le statut moral des non-croyants est déprécié. Un régime laïque disjoint complètement le lien politique du lien religieux, y compris dans sa forme – c’est pourquoi je suis toujours un peu réticente lorsque j’entends parler de « valeurs », car un régime laïque ne peut pas s’ériger en religion civile. Le statut juridique, politique et moral des non-croyants, de tous ceux qui ne se rattachent à aucune attitude religieuse est donc un critère pour apprécier la laïcité [2].

Le régime laïque est indissociable de la pensée qui fonde actuellement la République française : c’est un immanentisme et un atomisme politiques. Mais il ne faut pas oublier que la République française n’est pas elle-même complètement laïque, puisqu’en Alsace-Moselle par exemple existe un droit local qui reconnaît officiellement et salarie sur les deniers publics plusieurs religions.

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« L’agroécologie peut parfaitement nourrir 10 milliards d’humains »

Nouveau 7Pour l’agronome Marc Dufumier, l’agriculture doit tenir compte du fonctionnement  de l’écosystème dans sa globalité.

Le monde en ligne – 18 juin 2019

 

 

Professeur d’agronomie, ex-titulaire de la chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à AgroParisTech, Marc Dufumier prône un changement de paradigme agricole en refusant le modèle imposé par les industriels et en considérant les milieux naturels cultivés dans leur globalité et leur complexité. Son livre L’agroécologie peut nous sauver vient de paraître aux éditions Actes Sud.

Vous êtes souvent présenté comme l’un des pionniers de l’agroécologie scientifique. De quoi s’agit-il ?

L’agroécologie scientifique est une branche de l’écologie consacrée aux écosystèmes aménagés par les agriculteurs. Elle vise une compréhension la plus précise possible des milieux naturels domestiqués, et ce dans toute leur complexité : les interactions entre les végétaux, les hommes et les animaux mais aussi les éléments biologiques, physiques, climatiques, etc.

C’est une approche systémique qui tente de comprendre comment les pratiques agricoles modifient, simplifient et fragilisent éventuellement les écosystèmes, et de proposer des solutions pour les faire fonctionner sans trop simplifier, ni trop fragiliser. Pour être efficace, il faut d’abord bien connaître le fonctionnement de l’écosystème dans sa globalité.

Comment en êtes-vous venu à cette discipline ?

En 1968, je suis parti en mission à Madagascar. J’étais un jeune agronome sortant de l’école, formaté et pétri de certitudes concernant le bien-fondé des engrais de synthèse, des variétés végétales à haut potentiel de rendement et de toutes les techniques agrochimiques. Les rizières inondées fourmillent de vie : poissons, escargots, grenouilles, canards qui s’occupaient de manger les ravageurs et les mauvaises herbes… Tout ce système fonctionnait très bien, et me voilà qui arrivais avec mon riz high-tech, mes produits chimiques, et qui tuais tous ces poissons, ces canards, ces escargots, bref, toutes les sources de protéines.

Ces femmes malgaches m’ont dit : « Votre riziculture améliorée merci, mais on trouve que c’est plutôt une riziculture empirée. » Elles avaient entièrement raison ! J’ai eu la chance de me rendre compte très tôt que leur objet de travail était un agroécosystème d’une profonde complexité et que raisonner uniquement en termes de génétique, de rendement, d’engrais, etc., ne menait nulle part. Pour être efficace, il faut d’abord bien connaître le fonctionnement de l’écosystème dans sa globalité.

Nous serons bientôt 10 milliards sur Terre. Une agriculture inspirée de l’agroécologie peut-elle suffire à remplir tous ces estomacs ?

Sur un plan technique, oui, c’est parfaitement possible. Il n’y a pas de recette unique : chaque écosystème est différent. Mais il existe des points communs, comme faire usage du plus intensif à l’hectare de ce qui est le moins coûteux économiquement : l’énergie solaire, le gaz carbonique et l’azote atmosphérique pour que les plantes fabriquent glucides, lipides et protéines. Il faut également limiter au maximum l’emploi d’énergies fossiles et de produits de synthèse. Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable.

Par opposition à l’agriculture industrielle ?

Cette forme de production n’est pas durable, c’est certain. Elle est extensive et grignote toujours plus de forêts et d’espaces naturels, au lieu d’intensifier à l’hectare l’emploi de ce qui ne coûte rien. Elle repose trop sur les énergies fossiles pour le fonctionnement des engins et la fabrication d’engrais azotés et de produits pesticides, dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’ils sont nocifs pour l’environnement voire pour la santé.

En outre, elle a remplacé par des machines une force de travail agricole qui est pourtant surabondante à l’échelle mondiale, autrement dit, au prix de la pauvreté de millions de gens qui ont dû quitter l’agriculture et vivent dans des bidonvilles plutôt que de tirer un revenu et de la nourriture du travail de la terre.

Compte tenu de la démographie, n’est-il pas difficile de tourner le dos à ces techniques ?

Nourrir correctement et durablement l’humanité tout entière est parfaitement possible. Si aujourd’hui 820 millions de personnes ont faim, et si un milliard souffrent de carences alimentaires, cela n’a rien à voir avec un manque de nourriture, mais avec les écarts de revenus. Ce sont des pauvres qui ne parviennent pas à acheter des aliments qui pourtant existent. Pour nourrir convenablement une personne, il faut environ 200 kilos de céréales (ou équivalents) par an. La production mondiale est d’environ 330 kilos aujourd’hui. Cherchez l’erreur…

Si des pauvres des favelas brésiliennes ont faim, c’est parce que le pays exporte son maïs et son soja vers les pays occidentaux pour nourrir nos cochons ou pour fabriquer des agrocarburants et donner à boire à nos voitures et à nos avions.

Erik Fyrwald, directeur général de Syngenta, disait, en 2017, que « l’agriculture bio ne produira jamais assez pour nourrir le monde ». Que répondez-vous ? ............

 

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Pour un nouveau grand récit mondial

Pour un nouveau grand récit mondial nourri des valeurs

sources de l’humanité,
condition de la survie de notre espèce.

I. Un cruel constat : Les humains d’aujourd’hui sont orphelins de grands récits adaptés au contexte du XXIème siècle

Dans l’histoire humaine les récits ont toujours joué un double rôle sociétal essentiel : d’une part une fonction ciment (en fournissant une grille de lecture partagée du réel, ils créent de la communication et du lien au sein des groupes humains), d’autre part une fonction levier (ils confèrent du sens à l’action collective et nourrissent les motivations individuelles). En quelques décennies les grands récits traditionnels, qu’ils soient religieux, philosophiques ou politiques se sont affaissés.

L’histoire ancienne et récente nous fournit des exemples divers et souvent tragiques de ces grandeurs et décadences.
Sans le récit eschatologique chrétien, jamais les croisés ne seraient partis reconquérir la Terre Sainte. On voit mal le christianisme d’aujourd’hui inspirer pareils sacrifices !

Sans l’imaginaire fasciste, jamais le peuple allemand nazifié n’aurait traduit en acte, au prix d’un effroyable carnage, le mythe d’un Reich pour 1000 ans qui n’en a duré finalement que 12 ! La fascination et l’activisme de certaines minorités pour une organisation fasciste des sociétés suffiraient-ils à obtenir l’adhésion, ou a minima le consentement, des majorités individualistes des sociétés actuelles ?

Durant 50 ans «la grande lueur venue de l’Est» (c’est ainsi que Romain Rolland nomma la révolution russe d’octobre 1917) a ébloui le prolétariat mondial et aveuglé de façon persistante une partie de l'intelligentsia internationale. Cette lueur, désormais bien pâle du fait de son bilan «coûts-bénéfices» globalement négatif, inspire-t-elle encore au delà du cercle restreint des nostalgiques ?

Dans les années 1970, revigoré par le reflux massif des grands récits précédents, le libéralisme sans entrave s’est vite autoproclamé «nouvel horizon indépassable». Au terme de près de 50 ans de toute puissance mondiale, il montre aujourd’hui ses cruelles limites. Quelques grands consortiums mondiaux siphonnent la valeur produite par le travail des hommes et creusent ainsi d’abyssales inégalités qui minent les tissus sociaux. L’ADN du libéralisme, fondé sur l’addiction consumériste donc la croissance sans fin, apparaît chaque jour davantage en flagrante contradiction avec l’évidente finitude du monde et de ses ressources. Une partie grandissante de la jeunesse, inquiète des conséquences du changement climatique sur notre oecoumène présent et futur, en conteste radicalement le paradigme.

 

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La couleur des gilets jaunes

par Aurélien Delpirou , le 23 novembre 2018

La vie des Idées

Jacquerie, révolte des périphéries, revanche des prolos… Les premières analyses du mouvement des gilets jaunes mobilisent de nombreuses prénotions sociologiques. Ce mouvement cependant ne reflète pas une France coupée en deux, mais une multiplicité d’interdépendances territoriales.

 

La mobilisation des gilets jaunes a fait l’objet ces derniers jours d’une couverture médiatique exceptionnelle. Alors que les journalistes étaient à l’affut du moindre débordement, quelques figures médiatiques récurrentes se sont succédé sur les plateaux de télévision et de radio pour apporter des éléments d’analyse et d’interprétation du mouvement. Naturellement, chacun y a vu une validation de sa propre théorie sur l’état de la société française. Certains termes ont fait florès, comme jacquerie — qui désigne les révoltes paysannes dans la France d’Ancien Régime — lancé par Éric Zemmour dès le vendredi 16, puis repris par une partie de la presse régionale [1]. De son côté, Le Figaro prenait la défense de ces nouveaux ploucs-émissaires, tandis que sur Europe 1, Christophe Guilluy se réjouissait presque de la fronde de « sa » France périphérique — appelée plus abruptement cette France-là par Franz-Olivier Giesbert — et Nicolas Baverez dissertait sur la revanche des citoyens de base.

Au-delà de leur violence symbolique et de leur condescendance, ces propos répétés ad nauseam urbi et orbi disent sans aucun doute moins de choses sur les gilets jaunes que sur les représentations sociales et spatiales de leurs auteurs. Aussi, s’il faudra des enquêtes approfondies et le recul de l’analyse pour comprendre ce qui se joue précisément dans ce mouvement, il semble utile de déconstruire dès maintenant un certain nombre de prénotions qui saturent le débat public. Nous souhaitons ici expliciter quatre d’entre elles, formalisées de manière systématique en termes d’opposition : entre villes et campagnes, entre centres-villes et couronnes périurbaines, entre bobos et classes populaires, entre métropoles privilégiées et territoires oubliés par l’action publique. À défaut de fournir des grilles de lecture stabilisées, la mise à distance de ces caricatures peut constituer un premier pas vers une meilleure compréhension des ressorts et des enjeux de la contestation en cours.

Villes (Paris) contre campagnes (Province) ?

Comme l’indique une note des services de renseignement éventée dans la presse, les initiateurs du mouvement des gilets jaunes sont........

 

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A propos de sionisme

Un article ancien qui revient dans l'actualité sans avoir pris une ride

Lettre ouverte à M. le Président de la République française

20 juil. 2017 - par Les Invités De Mediapart - Édition : Les invités de Mediapart

 

L’historien israélien Shlomo Sand interpelle Emmanuel Macron sur son discours, tenu en présence de Benjamin Netanyahou, pour la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv : « L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? »

 

En commençant à lire votre discours sur la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv, j’ai éprouvé de la reconnaissance envers vous. En effet, au regard d’une longue tradition de dirigeants politiques, de droite, comme de gauche, qui, au passé et au présent, se sont défaussés quant à la participation et à la responsabilité de la France dans la déportation des personnes d’origine juive vers les camps de la mort, vous avez pris une position claire et dénuée d’ambiguïté : oui la France est responsable de la déportation, oui il y a bien eu un antisémitisme, en France, avant et après la seconde guerre mondiale. Oui, il faut continuer à combattre toutes les formes de racisme. J’ai vu ces positions comme étant en continuité avec votre courageuse déclaration faite en Algérie, selon laquelle le colonialisme constitue un crime contre l’humanité.

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La fin d’une utopie ?

70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme : la fin d’une utopie ?

En 1948, le texte promettait de bâtir un nouvel ordre international. Soixante-dix ans plus tard, l’universalisme décline. Entretien avec Valentine Zuber, chercheuse à l’Ecole pratique des hautes études. (par Anne Chemin)

Publié le 06 décembre 2018 - Le Monde

Anne Chemin : Lors de la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918, la chancelière ­allemande Angela Merkel a évoqué le 70anniversaire de la Déclaration ­universelle des droits de l’homme avec une certaine nostalgie. « Serions-nous aujourd’hui capables, en tant qu’assemblée des nations, d’approuver, comme en 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme ? Je n’en suis pas si sûre », a-t-elle affirmé. Dans quel ­contexte ce texte fondateur est-il né ?

Valentine Zuber : Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le monde est en ruine : le conflit a fait 60 millions de victimes et il faut tout reconstruire. Ce moment représente une « fenêtre de tir » inespérée pour tous ceux, et ils sont nombreux, qui tentent d’imaginer les fondements du prochain monde : l’effroyable conflit de 1939-1945 est terminé et la guerre froide n’a pas encore commencé.

En 1948, les vainqueurs de la guerre, qui sont des pays de tradition libérale ayant, au XVIIIsiècle, rédigé des déclarations des droits de l’homme, emportent l’adhésion de dizaines d’autres Etats. Dans le comité de rédaction se côtoient ainsi l’Américaine Eleanor Roosevelt, le Français René Cassin, mais aussi le Libanais Charles Malik, le Chinois Peng-chun Chang, le Haïtien Emile Saint-Lot, le Chilien Hernan Santa Cruz et le Soviétique Vladimir Koretsky…

L’aventure des droits de l’homme internationaux a en réalité commencé dès 1941, avec le discours sur l’état de l’Union du président américain Franklin D. Roosevelt, qui propose, pour l’après-guerre, un nouvel ordre mondial fondé sur quatre libertés fondamentales – la liberté d’expression, la liberté de religion, la sécurité économique et la paix.

La même année, Roosevelt et Churchill esquissent une première réorganisation du monde avec la Charte atlantique et, en 1942, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’URSS, la Chine et vingt-deux pays, tous adversaires de l’Axe, dessinent les contours d’un nouvel ordre éthique et juridique international. Ils veulent construire, après la guerre, des institutions internationales fondées sur la philosophie des droits de l’homme et diffuser, par la persuasion et le droit, les valeurs libérales et démocratiques dans le monde entier.

« La Déclaration universelle des droits de l’homme est un projet politique global qui fait de la dignité de l’être humain

l’alpha et l’oméga du bon gouvernement »

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« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits »

France Inter Billet Géopolitique Pierre Haski - 10 décembre 2018 - 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme

 

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits », proclame l’article premier de la Déclaration signée à Paris le 10 décembre 1948. En plein débat sur les inégalités provoqué par les gilets jaunes, cet anniversaire révèle les limites de cette belle déclaration, 70 ans après.

C’est un anniversaire qui aurait dû être célébré en grande pompe, mais qui passe relativement inaperçuu ; et pourtant, c’est au Palais de Chaillot, à Paris, que fut signée le 10 décembre 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme. Triste anniversaire il est vrai, car la promesse de ce texte fondateur de l’après-seconde guerre mondiale est loin d’avoir été tenue.

Il y a même un incroyable effet de miroir historique à relire l’article premier que tout le monde connait, « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits », et à le relier au sentiment d’inégalité qui est au cœur du mouvement des gilets jaunes en France. Cette déclaration reste un idéal vers lequel tendre, mais qui s’avère plus difficile que prévu à réaliser.

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« Les “gilets jaunes” replacent la question sociale au centre du jeu politique »

Le Monde du 27 novembre 2018 - Gérard Noiriel (entretien) - Propos recueillis par Nicolas Truong

Noiriel

L’historien considère que ce mouvement populaire tient plus des sans-culottes et des communards que du poujadisme ou des anciennes jacqueries

 

Nicolas Truong : Qu’est-ce qui fait, selon vous, l’originalité du mouvement des « gilets jaunes », replacé dans l’histoire des luttes populaires que vous avez étudiée dans votre dernier livre ?

Gérard Noiriel : Dans cet ouvrage, j’ai tenté de montrer qu’on ne pouvait pas comprendre l’histoire des luttes populaires si l’on se contentait d’observer ceux qui y participent directement. Un mouvement populaire est une relation sociale qui implique toujours un grand nombre d’acteurs. Il faut prendre en compte ceux qui sont à l’initiative du mouvement, ceux qui coordonnent l’action, ceux qui émergent en tant que porte-

parole de leurs camarades, et aussi les commentateurs qui tirent les « enseignements du conflit ». Autrement dit, pour vraiment comprendre ce qui est en train de se passer avec le mouvement des « gilets jaunes », il faut tenir tous les bouts de la chaîne.

Je commencerais par la fin, en disant un mot sur les commentateurs. Etant donné que ce conflit social est parti de la base, échappant aux organisations qui prennent en charge d’habitude les revendications des citoyens, ceux que j’appelle les « professionnels de la parole publique » ont été particulièrement nombreux à s’exprimer sur le sujet. La nouveauté de cette lutte collective les a incités à rattacher l’inconnu au connu ; d’où les nombreuses comparaisons historiques auxquelles nous avons eu droit. Les conservateurs, comme Eric Zemmour, ont vu dans le mouvement des « gilets jaunes » une nouvelle jacquerie. Les retraités de la contestation, comme Daniel Cohn-Bendit, ont dénoncé une forme de poujadisme. De l’autre côté du spectre, ceux qui mettent en avant leurs origines populaires pour se présenter comme des porte-parole légitimes des mouvements sociaux, à l’instar des philosophes Michel Onfray ou Jean-Claude Michéa, se sont emparés des « gilets jaunes » pour alimenter leurs polémiques récurrentes contre les élites de Sciences Po ou de Normale Sup. Les « gilets jaunes » sont ainsi devenus les dignes successeurs des sans-culottes et des communards, luttant héroïquement contre les oppresseurs de tout poil.

Nicolas Truong : La comparaison du mouvement des « gilets jaunes » avec les jacqueries ou le poujadisme est-elle justifiée ?

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Libéraux contre populistes, un clivage trompeur

Le Monde diplomatique

Septembre 2018, pages 1, 22 et 23

 

DIX ANS APRÈS LA CRISE FINANCIÈRE

Les réponses apportées à la crise de 2008 ont déstabilisé l’ordre politique et géopolitique. Longtemps perçues comme la forme ultime de gouvernement, les démocraties libérales sont sur la défensive. Face aux « élites » urbaines, les droites nationalistes mènent une contre-révolution culturelle sur le terrain de l’immigration et des valeurs traditionnelles. Mais elles poursuivent le même projet économique que leurs rivales. La médiatisation à outrance de ce clivage vise à contraindre les populations à choisir l’un de ces deux maux.

PAR SERGE HALIMI & PIERRE RIMBERT

BUDAPEST, 23 mai 2018. Veste sombre un peu ample et chemise violette ouverte sur un tee-shirt, M. Stephen Bannon se plante devant un parterre d’intellectuels et de notables hongrois. «La mèche qui a embrasé la révolution Trump a été allumée le 15 septembre 2008 à 9 heures, quand la banque Lehman Brothers a été contrainte à la faillite. » L’ancien stratège de la Maison Blanche ne l’ignore pas : ici, la crise a été particulièrement violente. «Les élites se sont renflouées elles-mêmes. Elles ont entièrement socialisé le risque, enchaîne cet ancien vice-président de la banque Goldman Sachs, dont les activités politiques sont financées par des fonds spéculatifs. Est-ce que l’homme de la rue a été renfloué, lui ? » Un tel « socialisme pour les riches » aurait provoqué en plusieurs points du globe une « vraie révolte populiste. En 2010, Viktor Orbán est revenu au pouvoir en Hongrie » ; il fut « Trump avant Trump».

Une décennie après la tempête financière, l’effondrement économique mondial et la crise de la dette publique en Europe ont disparu des terminaux Bloomberg où scintillent les courbes vitales du capitalisme. Mais leur onde de choc a amplifié deux grands dérèglements.

Celui, en premier lieu, de l’ordre international libéral de l’après-guerre froide, centré sur l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), les institutions financières occidentales, la libéralisation du commerce. [...]

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La religion des faibles - Jean Birnbaum

" Que se passe-t-il quand ceux qui frappent l’Occident se moquent de la justice sur terre ? "

L’incontestable force de séduction du djihadisme oblige l’Occident à s’interroger sur ses valeurs, qu’il pensait jusqu’alors universelles. C’est l’objet de

« La Religion des faibles » de Jean Birnbaum, responsable du « Monde des livres ». Extrait.

Bonnes feuilles. Le monde d’après la chute du mur de Berlin était moins angoissant que celui d’après la chute des tours. Ceux qui ont fait trembler l’Amérique et l’Occident tout entier, le 11 septembre 2001, utilisaient un langage radicalement étranger, porteur d’une double rupture : d’une part, la guerre contre l’Ouest n’était plus une guerre civile, menée au nom des valeurs de l’Ouest ; d’autre part, l’assaut était donné par des hommes qui prétendaient non seulement lutter contre la domination de l’Occident, mais aussi rivaliser avec lui en bâtissant leur propre hégémonie.

Dans ses textes, Ben Laden opposait sans cesse le fier courage des « lions » musulmans, conscients qu’il n’y a de force qu’en Allah, aux « mulets » efféminés de l’Occident, châtrés par cette « religion païenne » qu’est la démocratie. « Ne perdez pas courage ; ne vous affligez pas, alors que vous êtes des hommes supérieurs, si vous êtes croyants », pouvait-on lire dans la « Déclaration du Front islamique mondial pour le djihad contre les Juifs et les Croisés », dès 1998.

(...) Les hommes qui ont rédigé ces lignes sont ceux qui ont donné naissance à une internationale militante aujourd’hui sans rivale, ceux aussi qui ont infligé à la plus grande puissance capitaliste du monde une humiliation spectaculaire. Aux yeux des progressistes occidentaux, le tournant était sévère par rapport à la période des luttes anticoloniales ou même à la séquence altermondialiste. On comprend aussi que ce tournant ait valu traumatisme : « autre chose » avait surgi, enfin, et c’était le cauchemar.

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La religion des faibles - Jean Birnbaum

 

 

« Les pays émergents veulent se moderniser sans s’occidentaliser »

Pour l’anthropologue Maurice Godelier, des pays comme l’Inde ou la Chine s’annoncent comme les puissances hégémoniques de demain. En affirmant leurs identités culturelles, elles contestent le matérialisme et l’individualisme occidentaux.

Dans un monde marqué par le déclin des pays occidentaux, les pays émergents refusent de se laisser « dicter leurs conditions d’existence » et entendent « se construire un avenir identitaire propre », explique-t-il.

Nous assistons à deux mouvements : le repli des Etats-Unis et la montée en puissance des grands pays d’Asie comme l’Inde ou la Chine. Comment analysez-vous la nouvelle donne internationale advenue avec la disparition de l’URSS, dans les années 1990, puis la croissance des « pays émergents », dans les années 2000 ?

LE MONDE IDEES | 15.06.2018 à 14h31 • Mis à jour le 17.06.2018 à 12h27 | Propos recueillis par Anne Chemin

Le système global mondial capitaliste, qui repose sur la concurrence entre les nations, est en train de connaître un bouleversement majeur : nous assistons à la fin de quatre siècles de domination occidentale. Les Etats-Unis ne sont plus la superpuissance mondiale qu’ils étaient avant l’attentat contre les Twin Towers ou leurs échecs en Afghanistan, en Irak et en Syrie. De grands pays industriels et scientifiques comme l’Inde et la Chine sont désormais compétitifs au niveau mondial. Ces puissances montantes au sein du système capitaliste s’annoncent déjà comme les pays hégémoniques de demain.

Ce qui est nouveau, c’est que, une fois engagés dans l’économie capitaliste, ces pays affichent leur volonté de se moderniser sans s’occidentaliser. Ils disposent d’une économie solide, de pôles de recherche scientifiques modernes et d’universités réputées, mais ne veulent plus vivre dans un rapport subordonné à l’Occident et renier leur culture.

Le temps est venu, pensent-ils, de réaffirmer leur identité et de contester le matérialisme et l’individualisme de l’Occident. Pour se construire un avenir identitaire propre, ils puisent dans leur histoire et leur passé des coutumes, des religions ou des modes de vie qui avaient été mis en péril, attaqués ou même détruits par les valeurs occidentales.

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Dialogue

En Corse, Régis Debray et Patrick Boucheron

décentrent l’histoire de France

L’écrivain Régis Debray et l’historien Patrick Boucheron ont dialogué à Erbalunga, fin juillet, sur l’un des principaux sujets de discorde intellectuelle, devant des auditeurs attentifs, dont les leaders corses Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni.

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Intégrismes, extrême droite et néolibéralisme

Un texte d'Anne-Marie Hubat-Blanc, sympathisante de notre cercle, qu'elle propose à votre réflexion.

Sur ce sujet brûlant, elle a réalisé un gros travail de recherches bibliographiques étayant un discours organisé en 20 points.

Merci à elle de nous le faire partager

 

La question se pose des relations des intégrismes religieux avec l'idéologie de l'extrême droite. C'est une question difficile parce que le terme d'intégrisme est large, et les idées et courants d'extrême droite divers. C'est aussi un débat potentiellement piégé parce que surdéterminé par des positions idéologiques tranchées, dans un climat polémique qui tend à exclure toute nuance et à diviser le champ intellectuel en champs opposés. Enfin la notion de laïcité, convoquée dès qu'il est question des rapports du religieux et du politique, est souvent l'objet de confusions, alors qu'il s'agit d'un principe reposant sur la séparation des pouvoirs politiques et religieux: neutralité religieuse de l'Etat, neutralité politique des églises ou associations cultuelles, telle que définie par la loi de 1905; la société et les citoyens qui la composent n'étant en rien contraints à la neutralité, pour ce qui est des opinions religieuses comme des autres. Néanmoins il est nécessaire de l'affronter compte tenu des risques encourus par la démocratie, autant à cause de la montée des populismes que par celle de certains courants religieux radicaux. J'ai donc réuni des documents qui montrent la collusion très réelle entre extrémisme religieux et extrême droite (la liste de ces ouvrages et documents figurera à la suite de cette présentation). Je me suis limitée aux deux plus importantes confessions présentes en France, le catholicisme et l'islam. Il ne s'agit en aucun cas d'assimiler l'ensemble des croyants et des institutions représentatives de ces confessions à des courants extrêmes. Mais en leur sein, comme dans le reste de la société, la montée de tels courants est manifeste, et ce d'autant plus qu'ils sont portés par des puissances financières intéressées à leur succès. En effet, les liens de ces courants religieux avec l'économie de marché sont importants, tant au plan théorique en ce qui concerne le néolibéralisme qu'au plan des subsides conséquents dont ils bénéficient.

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La démocratie sanitaire

Place et participation de l'usager de la santé dans le dispositif sanitaire

 

Une conférence organisée par l'Université Populaire de l'AQCV

Mardi 22 Mai 2018 à 19 h

à la Maison des associations de Chambéry

67 rue St François de Sales

 

Intervenant : Jean-Michel Lassaunière - Médecin retraité - Membre du Conseil Territorial de Santé Savoie - Adhérent du cercle Condorcet

 

La démocratie sanitaire c'est associer l’ensemble des acteurs du système de santé dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique de santé, dans un esprit de dialogue et de concertation.

Un parcours historique récent permettra de faire émerger la difficile reconnaissance de la place de l'usager de la santé dans le système de soins.

Concrètement, du point de vue de l’usager, ça veut dire quoi ? Quels sont mes droits en tant que patient ? Quelles informations essentielles dois-je recevoir des professionnels de santé ? Comment puis-je exprimer ma volonté concernant ma prise en charge ? Comment les citoyens et les usagers sont-ils associés à l’élaboration des politiques de santé.

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Rétablir la liberté de la presse ...

 

...son honneur et son indépendance vis-à-vis des puissances financières »

 La Libre Pensée a rencontré le journaliste Laurent Mauduit pour linterroger sur des questions touchant au journa- lisme, à lindépendance des médias, aux fausses nouvelles, etc.. Bref, tout ce qui fait lactualité du quotidien dun journaliste qui veut faire son métier.

Laurent Mauduit, journaliste et cofondateur de Mediapart, a accordé un entretien sur la liberté de la presse. L'auteur entre autres de «Main basse sur l'information», estime qu'«Alors que le Conseil national de la Résistance espérait, à la Libération, que la France se dote d’une presse indépendante des «puissances financières », celles-ci contrôlent aujourd’hui presque tous les médias».

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L'églantine et le muguet

Danièle Sallenave de l'Académie Française

Collection Blanche, Gallimard

Parution : 22-03-2018

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L'économie collaborative

L'économie collaborative,néolibéralisme ou innovation sociale et solidaire ?

Texte de la conférence de Philippe Frémeaux à Montmélian le 11 décembre 2017

 

L'économie collaborative fait la une des journaux et envahit notre quotidien. Vente par internet, échange d'appartements, auto partage, échange de services, taxi en ligne... qui n'a pas un jour utilisé un de ces services ?

Mais qui en tire profit ? Les utilisateurs ou le sociétés et les associations qui les gèrent ?

Au fond la question posée qui nous posée est : l’économie peut-elle être réellement collaborative sans être sociale et solidaire ?

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Macron au collège des Bernardins

Le discours du Président de la République devant les évêques de France au collège des Bernardins a été largement commenté. Dans ce billet vous trouverez le texte intégral de l'intervention ainsi que plusieurs articles commentant le contenu de ce discours. J'ai choisi de présenter des articles aussi bien critiques (et il a fallu choisir parmi un grand nombre), un article modéré (celui de Jean Louis Bianco) et un article clairement favorable (difficile à trouver, la plupart des médias supposés proches du mouvement catholiques ayant fait le choix de reproduire l'intégralité du discours du Président de la République - La Croix et La Vie).

En exergue de ce billet j'ai pensé présenté en premier celui de Catherine Kintzler dont les prises de position sur la laïcité sont toujours empreintes d'une grande rigueur et d'une analyse approfondie, sans exclure l'humour notamment ici.

La philosophe Catherine Kintzler, connue pour sa défense de la laïcité, ironise sur les non-dits de l'allocution de Macron.

 

Dans la soirée du 9 avril, un tweet a circulé relayant un propos attribué à Emmanuel Marcon par son propre compte Twitter : "Le lien entre l'Église et l'État s'est abîmé, il nous incombe de le réparer". Ce tweet est inexact. Au début de son discours aux évêques de France, le président de la République a dit :

"Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l'avons fait, c'est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l'Eglise et l'Etat s'est abîmé, et qu'il nous importe à vous comme à moi de le réparer. Pour cela, il n'est pas d'autre moyen qu'un dialogue en vérité."*

À la lecture du tweet erroné et écourté, des demi-habiles se sont empressés de froncer le sourcil, et ont appelé (à juste titre) à rétablir l'exactitude et la continuité du passage pour se lancer dans une explication de texte en forme de rattrapage salvateur : vous voyez bien qu'il s'agit simplement d'un "dialogue" ! Sauf que, de ce dialogue, le ministre de l'Intérieur et des Cultes est déjà chargé. Sauf que ce dialogue n'a jamais été rompu. Sauf, surtout, que dans le texte "dialogue" n'est invoqué que comme moyen pour une fin plus haute : c'est bien le lien entre Église et État qu'il conviendrait de réparer.

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A qui appartient l'entreprise ?

Pour un actionnariat responsable (un texte un peu ancien mais toujours d'actualité)

Olivier Favreau, professeur d'économie à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense

Le Collège des Bernardins soutient depuis quatre ans une équipe de recherche chargée de réfléchir à la nature de l'entreprise, selon les principes de la recherche scientifique la plus exigeante et la plus indépendante. Cela pose immédiatement une question : pourquoi réfléchir sur l'entreprise, plutôt que de laisser les principaux intéressés s'organiser au mieux de leurs intérêts et de leur perception des dures réalités de la guerre économique ? La réponse tient en trois idées.

 

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Concurrence : trois leçons de ski pour économistes débutants

Les vacances de neige sont propices à l’enseignement de l’économie de la concurrence. Des monopoles locaux, les écoles de ski, battus en brèche ; des fournisseurs de chaussures, fixations et planches qui détiennent un pouvoir de monopole ; des opérateurs de remontées mécaniques qui jouent leur survie par manque de neige. Si vous lisez cette série de leçons jusqu’au bout, vous obtiendrez votre première étoile d’économie.

Leçon 1 : Il y a des bons et des mauvais monopoles.....

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